autoportrait d’un enfant en colère

Un récit poignant

« L’empereur c’est moi » est l’autoportrait d’un enfant en colère. L’histoire vraie de Hugo Horiot qui raconte son combat passé contre lui-même – autiste Asperger – et contre les autres.


images-2.jpegUn enfant qui se raconte grâce à l’adulte apaisé qu’il est aujourd’hui. Beaucoup de tendresse à la lecture mais aussi et surtout des phrases qui cognent et s’entrechoquent comme des images contre les murs de l’enfance. C’est sans concession, étrange, poétique, parfois rude et cruel, mais passionnant pour qui veut comprendre ce monde fermé de l’intérieur qu’est l’autisme. Un monde inconnu mais si riche en émotions. Le livre de Hugo Horiot dénote par sa sincérité et son envie de tout dire, avec les pensées qui ont été les siennes lorsqu’il était « le fantôme de l’école ». En voici un extrait :

« Quand je rêve, je vois une image, je bloque cette image et j’entre dans mon rêve. Ces images s’entrechoquent, disparaissent et reviennent. J’ai peur qu’elles ne s’échappent. Alors je les dessine. Et elles existent. À l’école, on me regarde en souriant et on me dit que je suis un « cerveau lent ». Ils ne savent pas comme les images défilent vite dans ma tête. Je leur réponds intérieurement, puisque « répondre » au professeur est interdit, que si je suis un « cerf-volant », qu’attendent-ils pour me lâcher ? Dans ma tête, je tâche d’y passer le plus de temps possible, et ça ne plaît pas vraiment aux autres. Je rêve endormi, je rêve éveillé. Je suis un rêveur, comme ils disent.
Le monde n’aime pas les rêveurs : ils doivent être surpuissants et beaucoup plus malins que la moyenne s’ils veulent y trouver leur place. Sinon ils n’auront aucune chance et finiront dans la benne à ordures. Voici le sort qui m’est réservé si je continue à rêver, ou du moins si cela se voit. Seulement, sans mes images et mon rêve, je suis mort. Un pantin mort. Dont les fils seront tirés par un manipulateur secret qui s’occupe de rêver pour les autres. C’est ça qu’ils veulent : détruire les images que j’ai dans la tête pour m’imposer leur « rêve » à eux. Leur sombre songe dont je ne veux pas faire partie. Figurant du rêve général et formaté, ça ne m’intéresse pas. Ce sera sans moi et moi sans vous.
Je connais bien la forêt et je ne crains pas les fantômes. Ils savent que je les respecte et que je ne suis pas venu pour les chasser. Malheur à celui qui les méprise : il sera changé en ver de terre.
Je marche dans la forêt, toujours avec une épée en bois. Le monde n’aime pas les rêveurs. Je dois m’entraîner. M’entraîner à me battre et à résister pour rêver.Le fantôme siffleur m’a soufflé une idée aujourd’hui. Il m’a appelé le « petit dragon ». Ce sera le début de mes bandes dessinées. Elles raconteront l’histoire du petit dragon. Difforme, le petit dragon est rejeté par son clan dès sa naissance parce qu’il ne peut pas cracher de feu. À l’école, les fantômes ont disparu. Ils n’aiment pas cet endroit et moi non plus. Les lieux sans fantômes me désespèrent. Alors je reste avec les images qui tournent dans ma tête, les images que les fantômes m’ont soufflées. À l’école, on m’empêche de traduire ces images. Elles sont « hors sujet ». Alors je me dis qu’une existence de fantôme me plairait bien. Bien plus que celle d’un écolier en tout cas. Je ne veux pas entendre les voix et les cris autour de moi. Je préfère le silence. Je suis le fantôme de l’école. »


L’empereur, c’est moi, de Hugo Horiot, 214 pages, 17 euros, L’Iconoclaste

Journée mondiale de l’autisme: Hugo Horiot, un autiste devenu acteur de sa vie 

Hugo Horiot, auteur de «L'empereur, c'est moi», un livre dans lequel il revient sur sa maladie, le 28 mars 2013 à Paris.A. GELEBART / 20 MINUTES

PORTRAIT – Pour la Journée mondiale de l’autisme, le 2 avril, «20 Minutes» a rencontré Hugo Horiot, 30 ans, qui a surmonté le syndrome d’Asperger, l’une des nombreuses formes que peut prendre ce trouble...

Comédien, réalisateur, producteur, monteur et aujourd'hui, écrivain. Rien dans le CV de Hugo Horiot ne laisse penser qu'il a un jour été un enfant autiste atteint d’une forme sévère du syndrome d’Asperger. Même pas son livre, L'Empereur, c'est moi*, sorti en librairie quelques jours avant la Journée mondiale de la maladie, mardi 2 avril, où le mot n’apparaît pas une fois. Délibérément. «Je n'ai pas vocation à parler de l'autisme: je parle d'un  parcours qui fut le mien», explique le trentenaire aux cheveux grisonnants.

 >> L’autisme en chiffres

http://www.vaincrelautisme.org/content/l-autisme-en-chiffres-cles

«Un être humain de seconde catégorie»

A 4 ans, Julien, son nom de baptême, a déjà conscience de la mort et de Dieu («Je sais très bien que je vais mourir. Tout ça continuera sans moi. Et je ne renaîtrai pas.»). Il ne parle pas, même s’il sait déjà compter et lire. Il se considère comme «un être humain de seconde catégorie, intéressé par ce qu'on ne veut pas lui dire». A 6 ans, en grande section de maternelle, on le force à jouer, alors que ce qu'il veut, «c'est faire [ses] BD, dans [son] coin» et «espionner». Il enferme Julien «sous une chape de plomb» et devient Hugo. C’est son «premier déclic». A 7 ans, il découvre la puissance de «la raison, du pouvoir et de la force» et commence à parler. En 5e, il est le souffre-douleur de ses camarades dans le bus qui les emmène au collège. Obligé de les dénoncer, il devient «collabo», lui qui se «rêvait résistant».

>> Le témoignage de Hugo Horiot en vidéo

http://videos.tf1.fr/sept-a-huit/l-autiste-7909929.html

A 15 ans, il devient «insoupçonnable»

A 13 ans, il réalise son premier film: «Hugo parle de Sylvestre (son troisième prénom) avec Sacha, un ami. A 15 ans, il n'a plus de symptôme visible, il est devenu «insoupçonnable». Notamment grâce à sa mère, Françoise Lefèvre, auteur du Petit Prince cannibale (Actes sud), prix Goncourt des lycéens en 1990, qui lui a tendu des «pièges» pour l'amener à parler, à son cousin Pierre qui l'ouvre sur l'extérieur ou Sacha, avec qui il réalise ses premières vidéos. Mais surtout grâce au théâtre, qui lui procure «un bonheur intellectuel et physique» et lui permet de rencontrer des filles.

Bientôt papa

Aujourd’hui, Hugo est «toujours entièrement d’accord avec Julien», sauf que lui a appris à faire des compromis.

Et il va être père pour la première fois dans une semaine ou deux. Si son enfant est autiste, il ira «partout, sauf ici [en France], où on fait tout pour que ça n’existe pas»

Pour avoir accès aux liens : 

http://www.20minutes.fr/societe/1129243-20130401-journee-mondiale-lautisme-hugo-horiot-autiste-devenu-acteur-vie

Hugo Horiot, est le fils de Françoise Lafèvre, auteur du très beau livre (Prix Goncourt des Lycéens , 199O) 

“Le petit prince cannibale”

25586011-p-1.jpg

Ni un roman, ni une autobiographie, un mélange des deux....

Le fils de Françoise Lefèvre est autiste. Pendant ses 4 premières années, ses cris perçants vrillent les oreilles et les nerfs. Il ne sourit pas, ne parle pas, ne mâche pas... Sa mère refuse de le faire hospitaliser, de le considérer comme un handicapé. Elle est persuadée qu'elle va pouvoir le sortir de son autisme, elle est sûre d'y arriver à force de combat et d'écoute. Elle entre dans son monde pour communiquer, puis, elle s'oblige à en sortir pour vivre. Elle passe de la colère et de débordements verbaux à la plus grande tendresse. Elle a une force considérable qui  lui permet de le tenir à bout de bras. Pas une seule heure pour elle. Pendant ces 4 premières années, elle n'a pas écrit une ligne "Ce n'est pas tant la mère que tu asphyxies, c'est l'écrivain".

En parallèle, Françoise Lefevre essaye d'écrire un roman, sur Blanche, cantatrice très connue et mal aimée couverte d'un cancer de la peau...

Au début j'ai été un peu désarçonnée par ce va et vient entre l'enfant autiste et Blanche. Et puis j'ai compris que l'auteure voulait ainsi nous montrer son impossibilité à écrire. A chaque fois qu'une phrase lui arrive sur Blanche, elle est interrompu par son fils.

Un immense message d'espoir et d'amour. 

Ajouter un commentaire
 

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×